La Rédaction
Démocratie Participative
\n14 novembre 2025
Précédemment :
- La sainte guerre raciale du Vieux Sud : leçons pour la guerre de demain
- Histoire du nationalisme blanc américain : Nathan Bedford Forrest, le penseur de l’action directe (chapitre 1)
- Histoire du nationalisme blanc américain : Edward Pollard, le précurseur (Chapitre 2)
1. La naissance du nationalisme racial

41 des 56 signataires de la Déclaration d’indépendance des États-Unis sont des propriétaires d’esclaves noirs
La question de l’esclavage a structuré l’émergence et l’évolution du nationalisme blanc aux États-Unis. Ce processus s’étend de la fondation de 1776 à la guerre de Sécession (1861-1865), passant par des compromis territoriaux, des justifications idéologiques et des ruptures institutionnelles. Le nationalisme blanc, loin d’être un ajout tardif, s’enracine dans les textes fondateurs et se consolide à mesure que l’expansion territoriale rend l’esclavage incontournable.
- 1776 : un nationalisme blanc par défaut
La Déclaration d’indépendance du 4 juillet 1776, rédigée par Thomas Jefferson, pose le principe que « tous les hommes sont créés égaux », mais sur les 56 signataires de la déclaration, 41 sont propriétaires d’esclaves. Les Noirs, esclaves ou libres, les Amérindiens et les femmes n’entrent pas dans le corps civique de la nouvelle république. Ce texte fédère en pratique les colons blancs contre la monarchie britannique, mais n’empêche pas l’exclusion de fait les populations non blanches.
La Constitution de 1787 institutionnalise cette exclusion : la clause des « trois cinquièmes » (article I, section 2 de la Constitution) additionne aux populations libres les esclaves noirs en les comptant individuellement comme valant trois cinquièmes d’un homme libre pour calculer la représentation des états au Congrès, sans leur reconnaître par ailleurs le moindre droit civique, et sans jamais prononcer le mot « esclavage ».
Enfin, le Naturalisation Act de 1790 réserve explicitement la citoyenneté américaine aux “hommes blancs libres”. Le nationalisme américain originel est sans conteste un nationalisme blanc par construction, unissant les États autour d’une citoyenneté réservée aux Européens et à leurs descendants.
- 1787-1820 : les compromis territoriaux
L’expansion vers l’Ouest rend la question de l’esclavage centrale dans l’équilibre politique entre les états de l’Union. Le compromis du Missouri (1820), négocié par Henry Clay, maintient l’équilibre au Sénat : le Missouri entre comme État esclavagiste, le Maine comme État non-esclavagiste, et une ligne de démarcation Nord/Sud au 36°30’ sépare les futurs territoires qui adhéreraient à l’Union. Ce compromis fragile remet indirectement en cause le nationalisme blanc des origines.
- 1830-1850 : l’esclavage comme fondement positif d’une identité blanche sudiste
L’essor de la culture du coton, dopée par l’égreneuse d’Eli Whitney (1793), fait de l’esclavage le moteur économique du Sud : en 1860, il représente 60 % des exportations américaines. Cette richesse transforme la justification de l’institution. John C. Calhoun, sénateur de Caroline du Sud et vice-président sous Andrew Jackson, déclare en 1837 que l’esclavage est « un bien positif », base d’une hiérarchie sociale naturelle. Le Sud élabore son propre nationalisme américain de nature explicitement raciste : la « civilisation cavalière », agraire, oppose son ordre racial au Nord industriel qui repose sur le salariat. Le nationalisme sudiste se cristallise autour de la défense de l’esclavage comme condition morale et économique de la liberté blanche.
- 1850-1860 : la rupture
Le compromis de 1850, orchestré par Henry Clay et Stephen Douglas, tente un ultime équilibre : la Californie entre dans l’Union comme état non-esclavagiste, le Nouveau-Mexique et l’Utah en décident par « souveraineté populaire », tandis que la loi sur les esclaves fugitifs est renforcée étendue à tous les États de l’Union. Mais le Kansas-Nebraska Act (1854) de Douglas abolit la ligne Nord/Sud issue du compromis du Missouri de 1820 et ouvre les territoires du Nord à l’introduction potentielle de l’esclavage. Le « Bleeding Kansas » (1854-1859) voit des colons pro- et anti-esclavagistes s’affronter, préfigurant la guerre civile. L’arrêt Dred Scott (1857) de la Cour suprême, sous Roger Taney, reconnaît que les Noirs ne peuvent être citoyens, que le Congrès ne peut interdire l’esclavage dans les états où il est en vigueur et que le compromis du Missouri limitant géographiquement l’introduction de l’esclavage est anti-constitutionnelle. Cet arrêt consacre juridiquement le nationalisme américain théorisé par les états du Sud.
L’élection d’Abraham Lincoln (1860), hostile à l’esclavage dans les nouveaux états créés en dépit de la décision de la Cour suprême, déclenche la sécession : sept États du Sud forment les États confédérés d’Amérique (février 1861). Leur vice-président, Alexander Stephens, affirme dans son « Cornerstone Speech » (21 mars 1861) que la Confédération repose sur la « grande vérité » que « le nègre n’est pas l’égal de l’homme blanc » et que l’esclavage est son « état naturel et normal ». La Confédération devient le premier État de l’histoire fondé sur l’idée raciale.
2. La formation du discours raciste

Jefferson Davis, président de la Confédération, est le premier chef d’un état raciste de l’histoire
Le racisme n’a pas toujours été le cœur battant du débat américain sur l’esclavage, mais entre la Révolution américaine et la guerre de Sécession, il s’est transformé en une idéologie complète, intégrée au nationalisme américain adopté par le Sud.
2.1. 1780-1810 : Une justification avant tout économique
À l’aube de la République, l’esclavage est d’abord une question de propriété et de sécurité. La Virginie, premier État à interdire l’importation d’esclaves en 1778, en pleine guerre d’indépendance, craint surtout une démographie explosive : trop de Noirs, trop de risques de révolte. À Richmond, les législateurs parlent de « race » comme d’un facteur de désordre, pas d’infériorité innée. C’est Thomas Jefferson, depuis sa plantation de Monticello, qui pose les premières pierres du discours racial. Dans ses “Notes on the State of Virginia” (1785), il écrit avec une prudence presque scientifique :
« Les Noirs semblent avoir moins de capacité intellectuelle, mais l’esclavage pourrait bien en être la cause. »
Ses mots circulent dans les assemblées de Virginie et de Caroline du Sud, où les planteurs les reprennent pour justifier des lois d’émancipation graduelle – vite abandonnées après la révolte de Gabriel en 1800. Ici, la race n’est qu’un risque à gérer, pas une vérité absolue.
2.2. 1810-1840 : L’entrée de la science dans le débat racial
Le tournant vient avec la craniométrie. À Philadelphie, ville intellectuelle du Nord, Samuel Morton, médecin quaker respecté, collectionne plus de 600 crânes. Dans Crania Americana (1839), il publie ses tableaux : le volume moyen du crâne « caucasien » est de 87 pouces cubes, celui de l’« éthiopien » de 78. Sa conclusion, froide et chiffrée : « L’infériorité intellectuelle est innée. » Ses données voyagent vite vers le Sud. À Mobile, en Alabama, Josiah Nott, chirurgien formé à Paris, les transforme en arme idéologique. Dans “Two Lectures on the Natural History of the Caucasian and Negro Races” (1844), il va plus loin : les races sont des espèces distinctes, l’hybridation mène à la stérilité. Le livre est débattu dans les sociétés savantes de La Nouvelle-Orléans et imprimé dans le Southern Medical and Surgical Journal. Pour la première fois, la race n’est plus une opinion : c’est une loi de la nature, enseignée aux étudiants en médecine et citée par les planteurs.
2.3. 1840-1854 : La race et le sol
Le débat se déplace du laboratoire théorique au Congrès. John C. Calhoun, sénateur de Caroline du Sud, durcit le ton dès 1847 : « L’esclavage est le socle de la civilisation blanche. » Il bloque dans les nouveaux territoires annexés toute extension de l’Ordonnance de 1787 qui interdisait l’esclavage dans les terres du Nord-Ouest qui n’étaient pas encore intégrées aux États-Unis. La race devient aussi une question territoriale : quel sol pour quelle race ? La loi Kansas-Nebraska de 1854, qui remet la question de l’esclavage entre les mains des électeurs des différents états, met le feu aux poudres. David Rice Atchison, sénateur du Missouri, galvanise 500 colons armés à Westport : « Votez esclavagiste, ou les Noirs libres voleront vos fermes ! » En 1857, la constitution de Lecompton interdit aux Noirs libres de s’installer. Le Kansas devient le théâtre d’une guerre civile et raciale miniature.
2.4. 1845-1860 : La question raciale ébranle le christianisme américain
Le fait racial secoue le christianisme du Nord. En mai 1844, à la Conférence générale méthodiste de New York, puis confirmée à Cincinnati (Ohio) en juin 1845, les délégués du Nord imposent une motion explosive : tout évêque propriétaire d’esclaves doit être suspendu. Le pasteur Orange Scott, ancien ouvrier textile du Massachusetts, mène l’assaut :
« L’esclavage est un péché contre Yahvé et contre l’homme, peu importe la couleur. »
Réaction immédiate : 1 200 pasteurs et 500 000 fidèles sudistes quittent l’Église pour fonder l’Église méthodiste épiscopale du Sud. Au Nord, les méthodistes restants créent la Wesleyan Methodist Connection (1843, formalisée 1845) : première dénomination explicitement abolitionniste. Leur credo : « Pas de communion avec les esclavagistes. »
À Brooklyn, dans l’immense Plymouth Church (2 500 places, toujours pleine), Henry Ward Beecher — frère de Harriet Beecher Stowe — prêche chaque dimanche de 1847 à 1860. Le 1er janvier 1861, il tonne devant 3 000 fidèles :
« Jésus-Christ est mort pour l’humanité entière, sans distinction de couleur, de nation ou de condition. »
Dans un sermon de 1856 sur le Kansas (réédité en 1860), il déclarait déjà :
« Le planteur sudiste est le Pharaon moderne, et le Kansas est l’Égypte où le peuple de Yahvé doit être libéré. »
Les missions abolitionnistes — notamment la American Missionary Association (fondée 1846 à Albany, New York) — envoient 300 enseignants dans les communautés noires libres (Ohio, Illinois) et au Canada. Entre 1846 et 1860, 12 écoles normales pour Noirs sont créées, formant 2 000 instituteurs.
3. L’antiracisme politique et ses racines judéo-chrétiennes

Abraham Lincoln, père de l’antiracisme
3.1 Les motivations des anti-esclavagistes
Les anti-esclavagistes ne sont pas un bloc homogène, mais leurs motivations convergent sur plusieurs plans.
- Idéologique : beaucoup viennent de la Nouvelle-Angleterre, imprégnés des idéaux républicains de 1776 et de la croyance en l’idée qu’un « sol libre » confère automatiquement la liberté à un individu qui y naît. Ils voient l’esclavage comme une menace anti-démocratique, mais indirectement : si les grands propriétaires terriens maintiennent l’esclavage et l’étendent, les petits fermiers blancs seront exclus de la propriété terrienne face à une concurrence déloyale.
- Religieuse : les congrégationalistes, méthodistes et quakers du Nord considèrent l’esclavage comme un péché contre Yahvé, la divinité juive de l’Ancien Testament (Tanakh). Des pasteurs comme Henry Ward Beecher, un prêcher chrétien abolitionniste du Nord, faisait secrètement envoyer des fusils modernes (des carabines Sharps) dans des caisses étiquetées « Bible » pour fomenter la guerre raciale. Ces armes étaient destinées aux colons blancs anti-esclavagistes (appelés “free-soilers”) installés au Kansas, pour qu’ils puissent attaquer les Blancs pro-esclavagistes venus du Missouri.
- Économique : les petits fermiers du Nord quant à eux veulent des homesteads — des parcelles gratuites — pour cultiver le blé, et abolir les grandes plantations détenues par l’aristocratie du Vieux-Sud. Pour eux, l’esclavage dévalue le travail des hommes blancs libres et concentre la terre entre quelques mains.
- Politique : inventant le principe de l’ingénierie démographique, des organisations comme la New England Emigrant Aid Company (fondée en 1854 à Boston) financent l’émigration de 1 200 colons anti-esclavagistes en un an dans le but de faire du Kansas un État anti-esclavagiste. Ils espèrent ainsi bloquer l’expansion du « pouvoir esclavagiste » au Congrès.
Face à la menace, les Blancs pro-esclavagistes du Missouri (« Border Ruffians ») traversent la frontière pour voter illégalement et imposer une législature esclavagiste à Lecompton. Le massacre de Lawrence (21 mai 1856), où une milice blanche saccage la ville anti-esclavagiste, déclenche la riposte de John Brown à Pottawatomie.
3.2. Les agitateurs antiracistes

- John Brown
John Brown était un abolitionniste américain radical, issu d’une famille fondamentaliste d’obédience calviniste puritaine. Il était profondément convaincu que l’esclavage des Noirs était un péché mortel contre Yahvé, appelant à une croisade contre les états blancs du Sud pour l’éradiquer. En octobre 1859, il attaqua l’arsenal fédéral de Harpers Ferry (Virginie) avec une petite troupe dans l’espoir d’armer une révolte d’esclaves noirs. L’opération échoua rapidement : ses hommes furent tués ou capturés, Brown fut blessé et arrêté. Jugé pour trahison contre la Virginie, meurtre et incitation à l’insurrection, il fut condamné à mort et pendu le 2 décembre 1859.
L’exécution de John Brown se déroula à Charles Town, en Virginie, sur un terrain militaire étroitement surveillé. Environ 1 500 soldats, placés sous les ordres du colonel Robert E. Lee, futur général en chef de la Confédération, et du major J.E.B. Stuart, formèrent un cordon infranchissable pour empêcher toute tentative de sauvetage. Aucun civil ne fut autorisé dans l’enceinte immédiate de l’échafaud ; les spectateurs restèrent tenus à distance, derrière les lignes de troupes.
Parmi les rares personnalités qui assistèrent à la scène depuis les rangs ou les abords, on compte John Wilkes Booth, le futur assassin de Lincoln, qui s’infiltra en uniforme de milicien virginien ; Thomas J. « Stonewall » Jackson, alors professeur au Virginia Military Institute, présent avec ses cadets ; ainsi que le planteur sécessionniste Edmund Ruffin, venu spécialement de loin pour voir pendre l’abolitionniste. Quelques journalistes, notamment du New York Herald, furent également sur place mais maintenus à l’écart. À 11 h 15, John Brown monta les marches de la potence, remit à un garde une note manuscrite déclarant que « les crimes de cette terre coupable ne seront purgés que par le sang », puis fut exécuté sous les yeux des seuls militaires et officiels.

- Harriet Beecher Stowe
Fille de pasteur congrégationaliste de Cincinnati, Harriet Beecher Stowe était une femme blanche éduquée et bigote qui incarnait la cheville ouvrière type de l’abolitionnisme. Elle publia “Uncle Tom’s Cabin” en 1852. Le livre fut vendu à 300 000 exemplaires en un an, lu surtout par des femmes issues du même milieu social qu’elle dans des salons de lecture chrétiens du Nord. Le Sud répondit à cette intense propagande avec ses propres romans. Caroline Lee Hentz, veuve d’un professeur de Caroline du Nord, publia “The Planter’s Northern Bride” en 1854 à destination de ce milieu. Dans celui-ci, une jeune femme blanche du Nord découvre le véritable mode de vie des planteurs, loin des clichés véhiculés par la presse abolitionniste. Les journaux sudistes comme le Charleston Mercury publiaient des histoires de style paternaliste où les esclaves loyaux étaient cités en exemple. En 1858, un article racontait par exemple comment un esclave sauva la vie de son maître lors d’une inondation.

- David Walker
Un autre agitateur, David Walker, s’employait à renverser les états esclavagistes. Tailleur en tant que Noir affranchi à Boston, il était installé dans le quartier de Beacon Hill où vivaient 1 500 Noirs affranchis en 1830. Il fréquentait l’église méthodiste africaine locale. Son “Appeal” de 1829, imprimé à 500 exemplaires par édition, était distribué par des marins noirs dans les ports de Charleston et Savannah, au Sud. Il appelait les esclaves à se révolter si l’abolition traînait. Le Sud réagit immédiatement. La Caroline du Nord fit interdire la distribution de tels écrits sous peine de fouet. Les postes furent surveillées pour bloquer les envois.
3.3. L’agitation antiraciste

William Lloyd Garrison venait d’un milieu modeste : fils d’un marin alcoolique abandonné par son père, élevé par une mère chrétienne pieuse à Newburyport, Massachusetts, il a appris le métier d’imprimeur et s’est installé à Boston, ville portuaire de 60 000 habitants en 1830, pleine de commerçants, d’artisans et de pasteurs unitariens. Ses soutiens principaux étaient des femmes blanches de la classe moyenne : épouses de marchands, filles de pasteurs, institutrices qui organisaient des bazars pour lever des fonds. En 1832, “The Liberator” tirait à 2 300 exemplaires, dont 1 800 abonnés dans le Massachusetts et à New York. Garrison réclamait l’abolition immédiate sans indemniser les propriétaires. Il organisait des meetings dans des salles louées à Boston où il brûlait la Constitution, la qualifiant de “pacte avec la mort” et “d’accord avec l’enfer”.
Face à ces prêches révolutionnaires d’inspiration chrétienne, les planteurs du Sud répondaient en vantant les mérites de l’esclavage. Ils rappelaient que l’institution existait depuis l’Antiquité et avait permis à la civilisation greco-romaine d’éclore, référence essentielle des pères fondateurs. Un argumentaire social se développait également. John C. Calhoun, fils de planteur irlandais, sénateur de Caroline du Sud, expliquait en 1837 au Sénat que l’esclavage, comme institution paternaliste, épargnait la misère que connaissaient les ouvriers blancs du Nord, souvent au chômage dans les usines de textile du capitalisme nordiste émergeant. George Fitzhugh, avocat virginien issu d’une famille ruinée, publiait “Sociology for the South” en 1854 depuis Port Royal :
“Un ouvrier nordiste gagne 30 cents par jour et risque la faim ; un esclave sudiste a nourriture, logement et soins garantis toute sa vie.”
Ces arguments n’avaient que peu d’impact dans les grandes villes du Nord. La révolution industrielle y avait créé une puissante bourgeoisie capitaliste ainsi qu’une classe moyenne salariée dont les conceptions et les intérêts divergeaient fondamentalement du Vieux Sud, aristocratique et agricole.
Entre 1835 et 1844, les abolitionnistes envoyèrent plus de 100 000 pétitions au Congrès, souvent rédigées par des femmes chrétiennes de Philadelphie ou New York qui n’avaient pas le droit de vote. En réponse, le Sud imposa le « gag rule » en 1836 : chaque pétition concernant l’esclavage ne pouvait pas être débattue au parlement. John Quincy Adams, ancien président vivant à Quincy, Massachusetts, lutta huit ans avant de la faire abroger en 1844. Symptôme de l’ambiguïté des positions des différents secteurs de la société américaine sur la question, en 1848, le “Free Soil Party” — le “Parti de la terre libre” — avec Martin Van Buren, récolta 291 000 voix dans les États agricoles du Nord-Ouest. Leur but : bloquer l’expansion de l’esclavage pour que les petits fermiers blancs ne soient pas écrasés par des planteurs disposant d’une main d’oeuvre gratuite.
Les planteurs poussèrent pour le Compromis de 1850 : la Californie entrait dans l’Union comme état non-esclavagiste, mais le Sud obtenait le Fugitive Slave Act en contrepartie. Cette loi obligeait tous les citoyens, même dans les états anti-esclavagistes, à aider à capturer les fugitifs noirs sous peine de 1 000 dollars d’amende.
En conclusion
Implicitement raciste à sa fondation, la nation américaine prend progressivement conscience du fait racial sous l’action démagogique d’abolitionnistes chrétiens issus de la bourgeoisie émergente du Nord. Ceux-ci, par leur fanatisme antiraciste, précipitent l’éclatement de l’Union et la formation du premier État raciste du monde après le déclenchement de la guerre de Sécession (1861 – 1865). Cette guerre est en réalité la seconde guerre d’indépendance américaine que le parti blanc, déjà minoritaire, finit par perdre. Elle laisse de profondes traces sociales, politiques et culturelles qui forment le terreau du nationalisme blanc américain qui émerge à partir du début du 20e siècle.
Sources primaires
- Déclaration d’indépendance des États-Unis – 4 juillet 1776
- Constitution des États-Unis – 17 septembre 1787
- Naturalisation Act de 1790 – 26 mars 1790
- Ordonnance du Nord-Ouest – 13 juillet 1787
- Missouri Compromise – 6 mars 1820
- John C. Calhoun, discours au Sénat – 6 février 1837
- Compromis de 1850 – 9 septembre 1850
- Kansas-Nebraskabraska Act – 30 mai 1854
- Arrêt Dred Scott v. Sandford – 6 mars 1857
- Alexander Stephens, “Cornerstone Speech” – 21 mars 1861
- Ordonnance de sécession de la Caroline du Sud – 20 décembre 1860
- Constitution confédérée – 11 mars 1861
- Thomas Jefferson, Notes on the State of Virginia – 1785
- William Lloyd Garrison, The Liberator (éditorial) – 1er janvier 1831
- David Walker, Appeal to the Coloured Citizens – 1829
- Theodore Weld, American Slavery As It Is – 1839
- Samuel G. Morton, Crania Americana – 1839
- Josiah Nott, Two Lectures on the Natural History – 1844
- George Fitzhugh, Cannibals All! – 1857
- George Fitzhugh, Sociology for the South – 1854
- Harriet Beecher Stowe, Uncle Tom’s Cabin – 1852
- Caroline Lee Hentz, The Planter’s Northern Bride – 1854
- Frederick Douglass, Narrative of the Life – 1845
- Harriet Jacobs, Incidents in the Life of a Slave Girl – 1861
- James Henley Thornwell, The Rights and Duties of Masters – 1850
- James Henley Thornwell, Our Danger and Our Duty – 1860
- Henry Ward Beecher, Plymouth Pulpit Sermons – 1856-1861
- Actes de la Southern Baptist Convention – 1845
- Actes de la Conférence générale méthodiste – 1844
- Discours final de John Brown – 2 décembre 1859
- Discours inaugural de Jefferson Davis – 9 février 1861
- Sources secondaires Eric Foner – The Fiery Trial (2010)
- James M. McPherson – Battle Cry of Freedom (1988)
- David M. Potter – The Impending Crisis (1976)
- Don E. Fehrenbacher – The Dred Scott Case (1978)
- William W. Freehling – The Road to Disunion, Vol. II (2007)
- Nicole Etcheson – Bleeding Kansas (2004)
- Oswald Garrison Villard – John Brown: A Biography (1910)
- Henry Mayer – All on Fire (1998)
- Sources numériques / encyclopédies Wikipedia (en) – Bleeding Kansas,
- John Brown, Dred Scott v. Sandford
- Encyclopædia Britannica – Missouri Compromise, Cornerstone Speech, Secession
- Library of Congress – Chronicling America
- Sources spécifiques (exécution de John Brown) Rapport officiel du colonel Robert E. Lee – 1859
- Lettres de John Wilkes Booth – 1859
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