Leutnant
Démocratie Participative
\n15 juin 2026

À Roubaix, nos sénégalaises ne sont plus en sécurité.
Une femme pétrifiée, assise dans la salle de bains, nue et ensanglantée, un foulard autour du bras droit en guise de garrot. C’est l’image choquante que découvrent les policiers en intervenant le 22 juillet 2022, à 3h19, dans un hôtel de Roubaix (Nord). Quatre ans plus tard, cette rescapée d’une « scène d’horreur » s’apprête malgré des séquelles encore à vif à assister au procès de l’homme accusé de l’avoir battue, humiliée, lacérée à coups de cutter et violée à plusieurs reprises dans la chambre 319 qu’elle occupait.
Détenu depuis son interpellation, le 22 juillet 2022, Aziz L., 26 ans, présumé innocent, comparaît à partir de ce lundi devant la cour d’assises du Nord, à Douai, pour viol avec tortures ou actes de barbarie. Ce Tunisien à qui une OQTF avait été notifiée le 17 août 2021 encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Trahi par son ADN, il est également accusé d’une tentative de viol, commise sur une Russe dans le tunnel piéton de la gare de Toulon (Var) le 16 août 2020. Une ville où l’homme arrivé en France au printemps 2020 assure ne jamais avoir mis les pieds. Résidant au Sénégal, Marie (le prénom a été changé) a donc décidé de se rendre à l’audience où elle va se retrouver à quelques mètres de celui qui l’a considérée comme « sa chose » et a, en « une heure quarante-quatre », paraissant une éternité, bouleversé durablement sa vie.
« Elle est traumatisée, ne peut plus se déplacer seule, doit toujours être accompagnée, mais elle a beaucoup de courage. Ce procès est important pour ma cliente, même si elle est stressée. Ça va être un moment difficile, mais l’on se bat depuis le début », confie Me Blandine Lejeune, quelques jours avant le procès. Aziz L., à l’époque des faits, était l’un des ouvriers engagés pour changer la moquette de l’hôtel, chacun possédant un code ouvrant toutes les chambres.
C’est dans la 319 que le jeune Tunisien, décrit comme « solitaire et calme » par l’un de ses frères, pénètre cette nuit d’été à 0h55. Marie, en France pour une mission professionnelle, est surprise alors qu’elle était en plein travail. Une erreur, prétend l’intrus. Pas tranquille, la cliente va trouver l’agent de sécurité. Qui tente de la rassurer en lui disant qu’il s’agit d’un des ouvriers et qu’elle seule a le code de sa chambre.
Aux enquêteurs, le même donnera plus de précisions sur l’état d’Aziz L. quelques heures plus tôt : il a « harcelé » des filles devant l’hôtel puis a lancé « j’ai envie de baiser » en regagnant l’établissement.
Cette « envie », ce sujet, décrit par l’expert psychologue comme « dénué d’empathie et d’altérité » dans son rapport aux autres, est accusé de l’avoir assouvie de façon bestiale, après avoir englouti « 15 à 20 bières ». À 1h22, on frappe à la chambre de Marie. « Sécurité », entend-elle. Elle ouvre avec méfiance. Un pied bloque la porte. Le piège se referme sur la cliente de la 319 qui décrira avec la même constance pendant l’instruction le martyre subi pendant « une heure quarante-quatre ».
Selon son récit, Marie tente de résister à son agresseur qui lui agrippe le cou, recevant en retour des coups de cutter, un coup de tête, des coups poings au visage. Face à une femme à bout de forces, l’accusé « demande du sexe », lui arrache sa robe tout en proférant des menaces : « Je te tue, je te mets dans un sac-poubelle et je pars. » Marie relate encore avoir essayé de l’amadouer.
Questionnée sur sa religion, elle indique être musulmane et doit réciter la fatiha (première sourate du Coran et pilier de la prière dans l’islam). Mais rien ne calme l’accusé qui exige une fellation. La victime refuse. Nouveaux coups. Premier viol.

« Il ne se mettait pas de limite. J’étais comme sa chose », rapportera Marie. D’autres mots illustrent la sauvagerie de ce qu’elle a vécu : « J’avais du sang partout. Tout était rouge. C’était comme dans un film d’horreur. » La victime dénonce avoir été contrainte à quatre fellations et avoir subi quatre pénétrations sur le lit et dans la douche. Sur la lame du cutter — l’outil poussé du pied par Marie tandis qu’elle luttait a été retrouvé sous une valise — les experts retrouveront seul le sang de la victime. Sur le manche, ceux mélangés de Marie et de l’accusé.
L’usage de ce cutter a infligé des lacérations « particulièrement profondes » entraînant une « souffrance aiguë », relève la juge, qui a renvoyé Aziz L. devant les assises. Cette chair tailladée, mais aussi les menaces de morts et les humiliations qui ont accompagné les actes sexuels imposés caractérisent, selon elle, des « actes d’une gravité exceptionnelle », justifiant la mise en accusation pour viol avec tortures ou actes de barbarie.
Pour sa défense, l’accusé, dont l’avocate n’a pas donné suite à nos sollicitations, a évolué dans ses versions sans jamais confirmer le récit de la partie civile. Au début, il a même expliqué l’avoir rejointe dans sa chambre pour une relation tarifée. Insupportable à entendre pour une femme qui porte encore les cicatrices des coups de cutter. Ensuite, Aziz L. s’est replié sur le scénario de rapports sexuels consentis suivis d’une bagarre. Présentant « un fort risque de récidive » et « une dangerosité psychiatrique en lien avec les addictions », Aziz L. risque donc une très lourde peine.
Reste à savoir quelle sera sa position lors de son procès. Une audience où ont été cités, entre autres, le responsable de l’hôtel, le « patron » du sous-traitant qui faisait les travaux, le vigile. Me Lejeune, dont la mise en cause de l’hôtel n’a pas prospéré au pénal, entend poursuivre la procédure au civil après ce procès. « Il est ahurissant qu’un individu ait accès à toutes les chambres, d’autant qu’il se trouve en situation irrégulière sur le territoire et qu’il travaille au noir », estime l’avocate de Marie. Le verdict est attendu mercredi 17 juin.
Ne restons pas sur une image négative de Roubaix. La ville est ouverte et accueillante et possède une riche culture lesbienne, homosexuelle et trans.
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