La Rédaction
Démocratie Participative
\n30 juillet 2025

Le grand Horst Mahler, révolutionnaire infatigable, est mort le 27 juillet après une vie de lutte marquée par un courage, personnel et moral, et une abnégation uniques.
Jeunesse et formation (1936-1956)
Horst Mahler naît le 23 janvier 1936 à Haynau (aujourd’hui Chojnów, Pologne), en Basse-Silésie, alors territoire allemand sous le Troisième Reich (Der Spiegel, « Der Mann, der Baader befreite », 14/10/1970). Son père, Willy Mahler, dentiste et fervent membre du Parti national-socialiste (NSDAP), inculque à sa famille une admiration pour Adolf Hitler. En 1945, face à l’avancée de l’Armée rouge, la famille fuit vers Naumburg, puis s’installe à Dessau, dans la zone d’occupation soviétique (Süddeutsche Zeitung, « Horst Mahler: Der Mann, der alles war », 28/07/2025). En 1949, la famille s’établit à Berlin-Ouest, sous contrôle des Alliés occidentaux, pour échapper au régime communiste de la RDA, qui vient d’être fondée (Encyclopædia Universalis).
Le suicide de son père en 1949, motivé par l’effondrement du régime nazi, marque profondément le jeune Horst (Der Spiegel, 14/10/1970). À l’adolescence, alors que la famille vit encore à Dessau (avant 1949), Mahler rejoint brièvement la Freie Deutsche Jugend (FDJ), organisation de jeunesse communiste de la zone soviétique, dans l’espoir d’obtenir une place à l’université (Encyclopædia Universalis). Cet engagement est purement opportuniste et de courte durée, car il n’adhère pas à l’idéologie communiste. Après le déménagement à Berlin-Ouest en 1949, il n’a plus aucun lien avec la RDA (Süddeutsche Zeitung, 28/07/2025). À Berlin-Ouest, Mahler entame des études de droit à la Freie Universität, financé par une bourse de la Studienstiftung des deutschen Volkes, une institution soutenant les étudiants prometteurs. Il rejoint la Landsmannschaft Thuringia, une association étudiante nationaliste, mais commence à s’orienter vers des idées de gauche à la fin des années 1950, influencé par le climat intellectuel de l’époque (Die Zeit, 16/10/1970).
Engagement dans la gauche radicale (1957-1969)

Dans les années 1950, Mahler adhère au Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) et à son aile étudiante, le Sozialistischer Deutscher Studentenbund (SDS). Il les quitte rapidement, les jugeant trop modérés et insuffisamment révolutionnaires face à ce qu’il perçoit comme une continuité du fascisme dans la République fédérale d’Allemagne (Frankfurter Allgemeine Zeitung, « Vom Anwalt der RAF zum Holocaust-Leugner », 12/02/2009). Il s’engage alors dans l’Außerparlamentarische Opposition (APO), un mouvement extraparlementaire qui critique la société ouest-allemande, notamment son passé nazi non assumé et son soutien à la guerre du Vietnam.
En 1964, Mahler fonde un cabinet d’avocats à Berlin-Ouest, devenant une figure juridique centrale pour la gauche radicale. Il défend des personnalités emblématiques, telles que Rudi Dutschke, leader du SDS, Beate Klarsfeld, militante anti-nazie, et des membres de la Kommune 1, un collectif libertaire et contestataire (Der Spiegel, 14/10/1970). En 1969, il cofonde le Sozialistisches Anwaltskollektiv, un groupe d’avocats dédié à la défense des activistes étudiants et des militants de gauche, renforçant son rôle dans le mouvement de 1968 (Die Zeit, 16/10/1970). Ce mouvement, marqué par des manifestations contre la « grande coalition » SPD-CDU et l’impérialisme américain, radicalise Mahler, qui adopte une idéologie marxiste-léniniste et commence à prôner la lutte armée contre l’État capitaliste (Frankfurter Allgemeine Zeitung, 12/02/2009).
Fondation de la Fraction armée rouge (1970)

En 1970, Horst Mahler devient l’un des fondateurs de la Fraction armée rouge (RAF), un groupe terroriste d’extrême gauche visant à renverser l’État ouest-allemand par la violence. Le 14 mai 1970, il participe à l’évasion d’Andreas Baader, emprisonné pour des actes de vandalisme à Francfort. Cette opération, menée avec Ulrike Meinhof, Gudrun Ensslin et d’autres, se déroule à l’Institut für Sozialforschung de Berlin et entraîne la blessure par balle d’un employé (Der Spiegel, « Der Mann, der Baader befreite », 14/10/1970). Cette action marque le début officiel de la RAF, également appelée « Bande à Baader ». Entre mai et octobre 1970, Mahler prend part à plusieurs braquages de banques à Berlin pour financer les activités du groupe. En juin 1970, il accompagne Baader, Meinhof et Ensslin en Jordanie pour un entraînement militaire avec le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), où ils apprennent le maniement des armes et des explosifs (Süddeutsche Zeitung, 28/07/2025). À leur retour, la RAF intensifie ses actions, mais Mahler est arrêté le 8 octobre 1970 à Berlin lors d’une opération policière visant le noyau dur du groupe (Der Spiegel, 14/10/1970).
Emprisonnement et exclusion de la RAF (1970-1980)

En 1973, Mahler est condamné à 14 ans de prison pour braquages de banques, évasion de prison et appartenance à une organisation criminelle (Frankfurter Allgemeine Zeitung, 12/02/2009). En détention, il rédige un manifeste idéologique pour la RAF, influencé par une lecture antisémite de Hegel, dans lequel il tente de théoriser la lutte armée. Ce texte est rejeté par les autres membres de la RAF, qui le jugent dogmatique et éloigné de leurs priorités pratiques. En 1974, la RAF l’exclut officiellement du groupe (Süddeutsche Zeitung, 28/07/2025).
En 1975, lors de l’enlèvement de Peter Lorenz, candidat CDU à la mairie de Berlin, la RAF exige la libération de plusieurs prisonniers, dont Mahler, dans un échange d’otages. Mahler refuse de participer, préférant rester en prison pour des raisons idéologiques, un geste qui reflète son éloignement du groupe (Die Zeit, 16/10/1970). Pendant sa détention, il s’éloigne du marxisme-léninisme et s’intéresse au maoïsme, rejoignant brièvement la Kommunistische Partei Deutschlands/Aufbauorganisation (KPD/AO), une organisation maoïste (Frankfurter Allgemeine Zeitung, 12/02/2009). Parallèlement, sa lecture de philosophes comme Hegel et Fichte, interprétés à travers une lentille nationaliste et antisémite, amorce son virage vers l’extrême droite.
Retour à la vie civile et réintégration (1980-1990)

Horst Mahler et son avocat Gerhard Schröder
En 1980, Mahler est libéré grâce à l’intervention de son avocat, Gerhard Schröder, futur chancelier allemand, qui plaide pour une réduction de peine (Süddeutsche Zeitung, 28/07/2025). En 1987, il est réintégré au barreau de Berlin et reprend une activité professionnelle comme avocat d’affaires, adoptant un profil public discret (Die Zeit, 16/10/1970). Cette période est marquée par une apparente modération, mais Mahler commence à fréquenter des cercles nationalistes dans les années 1990, posant les bases de son basculement idéologique vers l’extrême droite (Frankfurter Allgemeine Zeitung, 12/02/2009).
Vers le national-socialisme et le révisionnisme (1990-2003)

À la fin des années 1990, Mahler opère un virage radical vers le national-socialisme. En 2000, il adhère au Parti national-démocrate d’Allemagne (NPD), un parti connu pour ses positions nationalistes et antisémites. Il devient une figure intellectuelle du parti, contribuant à ses publications et discours, mais le quitte en 2003 en raison de divergences stratégiques (Deutscher Bundestag, Verfassungsschutzbericht 2003). En 1998, il cofonde le Deutsches Kolleg, un think tank nationaliste prônant une vision mythifiée de l’identité allemande et rejetant la légitimité de la République fédérale (Verfassungsschutzbericht 2003). Mahler s’associe également au Collegium Humanum, une organisation fondée par Ursula et Wolfgang Haverbeck, connue pour ses activités révisionnistes et son apologie du national-socialisme (Verfassungsschutzbericht 2003).
En 2003, il proclame la « Reichsbürgerbewegung », le mouvement des citoyens du Reich, un mouvement niant la légitimité de la République fédérale d’Allemagne et revendiquant la restauration d’un « Reich allemand » (Süddeutsche Zeitung, 28/07/2025). À partir de cette période, il diffuse ouvertement des thèses révisionniste, qualifiant l’Holocauste de « plus grand mensonge de l’histoire » destiné à maintenir la culpabilité allemande (Deutsche Welle, « Horst Mahler zu sechs Jahren Haft verurteilt », 25/02/2009).
Condamnations pour révisionnisme et incarcérations (2003-2020)
À partir des années 2000, Mahler est poursuivi à de multiples reprises pour “Volksverhetzung” (incitation à la haine), “négation de l’Holocauste” et usage de symboles NS, des délits strictement punis en Allemagne en vertu de l’article 130 du Code pénal. En 2009, il est condamné à six ans de prison par un tribunal de Munich pour avoir nié publiquement l’Holocauste et publié des textes antisémites (Deutsche Welle, 25/02/2009). En 2011, une nouvelle condamnation à cinq ans de prison est prononcée à Potsdam pour des infractions similaires (Süddeutsche Zeitung, 28/07/2025). En 2015, Mahler bénéficie d’une libération temporaire pour raisons de santé après l’amputation de sa jambe gauche, conséquence d’un diabète mal soigné en prison (Süddeutsche Zeitung, « Horst Mahler vorzeitig entlassen », 19/11/2015). En mai 2017, il tente de fuir en Hongrie pour demander l’asile politique, espérant échapper à une nouvelle incarcération. Il est arrêté à Budapest le 15 mai 2017 et extradé vers l’Allemagne le 19 juin 2017 (Reuters, « Germany re-arrests fugitive neo-Nazi Horst Mahler », 19/06/2017).
Il est réincarcéré pour purger le reste de sa peine et libéré en octobre 2020 (Tagesspiegel, « Horst Mahler aus Haft entlassen », 27/10/2020).
Vie personnelle et mort

Mahler était en couple avec Sylvia Stolz, une avocate également condamnée pour révisionnisme en 2008 (Deutsche Welle, 25/02/2009). Il meurt le 27 juillet 2025 à Berlin, à l’âge de 89 ans, après une vie marquée par une évolution idéologique radicale, de l’extrême gauche au national-socialisme, tout en conservant un élan résolument révolutionnaire acquis au contact des partisans marxistes de la lutte armée.
Réaction de Vincent Reynouard
Sur Twitter, Vincent Reynouard a réagi à l’annonce de la disparition du révolutionnaire allemand.
Une photo inédite de Horst Mahler avec sa compagne Sylvia Stolz, lors de la réunion nationale-socialiste et révisionniste à laquelle je participais, à Nuremberg, vers 2008. Sur l’autre photo: au terme de la réunion, je m’entretiens avec Sylvia Stolz (voir le message précédent). pic.twitter.com/VXVHcVt0fr
— Vincent Reynouard (@reynouard1969) July 30, 2025
“On annonce la mort de Horst Mahler, le 27 juillet dernier. Je l’avais rencontré vers 2008, à Nuremberg, lors d’une réunion privée de militants nationaux-socialistes et révisionnistes allemands, à laquelle participait également Sylvia Stolz.
Horst Mahler m’avait expliqué que, d’un point de vue légal, le IIIe Reich existait toujours. Lui et ses amis voulaient rétablir la vérité historique et fonder un quatrième Reich qui prendrait la suite du troisième. En tant que révisionniste et national-socialiste français, je participerais au projet pour symboliser la réconciliation entre deux peuples.
Sur le papier, c’était bien entendu exaltant. Mais le projet omettait une donnée capitale: le peuple allemand d’aujourd’hui ne veut pas d’un quatrième Reich. Un des participants l’avait souligné, ajoutant que bien souvent, des Allemands patriotes disaient: “Après 1945, nous avons tout de même pu, moyennant une acceptation de la dénazification, être réintégrés dans la communauté des nations. Par conséquent, ne gâchons pas cette chance”. Horst Mahler répondait qu’il ne s’agissait pas d’une “chance” mais, au contraire, d’une malédiction dont il fallait sortir. En cela, j’étais d’accord avec lui. Mais j’avais conscience que le peuple allemand ne suivrait pas… Sans surprise, le projet n’aboutit pas.
Malgré cela, j’ai admiré Horst Mahler pour son honnêteté intellectuelle et sa détermination. Après avoir milité à l’extrême gauche, cet ancien avocat de la Fraction armée rouge était devenu un militant national-socialiste. Un parcours digne d’être honoré. Salut à toi, Horst.”
Sources
- Der Spiegel, « Der Mann, der Baader befreite », 14/10/1970.
- Encyclopædia Universalis, « Horst Mahler », consulté le 30/07/2025.
- Die Zeit, « Der Rechtsanwalt Horst Mahler », 16/10/1970.
- Frankfurter Allgemeine Zeitung, « Vom Anwalt der RAF zum Holocaust-Leugner », 12/02/2009.
- Süddeutsche Zeitung, « Horst Mahler: Der Mann, der alles war », 28/07/2025.
- Deutscher Bundestag, Verfassungsschutzbericht 2003, 2004.
- Deutsche Welle, « Horst Mahler zu sechs Jahren Haft verurteilt », 25/02/2009.
- Süddeutsche Zeitung, « Horst Mahler vorzeitig entlassen », 19/11/2015.
- Reuters, « Germany re-arrests fugitive neo-Nazi Horst Mahler », 19/06/2017.
- Tagesspiegel, « Horst Mahler aus Haft entlassen », 27/10/2020.
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