La Rédaction
Démocratie Participative
\n18 mai 2026
Je n’ai pas lu ce truc. J’ai simplement vu “French theory”, le fait que ça a été spammé par Musk, et des Français gueuler.
Je veux présenter mes excuses, au nom des Français, pour avoir enfanté la French Theory (qui a enfanté la pire des merdes idéologiques : le wokisme).
Nous avons donné au monde Descartes, Pascal, Tocqueville. Et puis, dans les ruines intellectuelles de l’après-68, nous avons…
— Brivael Le Pogam (@brivael) May 15, 2026
Pogam est le genre de bots que Musk promeut pour promouvoir ses conceptions idiotes.
L’idée que la dégénérescence intellectuelle, morale, politique et raciale du monde blanc serait imputable à une nation d’Europe plus qu’à une autre n’a pas grand sens. L’Europe n’est pas constituée en isolats. Un intellectuel, a fortiori de gauche, a toujours eu plus de rapports directs avec un congénère d’Allemagne, d’Angleterre ou d’Amérique (et bien au-delà) qu’avec son facteur. C’est une internationale très active. Ses membres se lisent, se critiquent et se copient depuis toujours.
Il y a des idéologues plus néfastes que d’autres, indéniablement, et la France en a généré un grand nombre. Si Rousseau a été l’un des plus destructeurs, être pour ou contre lui ne veut rien dire (ou contre n’importe quel intellectuel victorieux) : il est mort, ses idées se sont imposées dans un monde chrétien fatigué qui les attendait. Ses lecteurs de la bourgeoisie se mêlaient de plus en plus activement de politique ; la monarchie et l’aristocratie, qui s’appuyaient sur une religion morte dans les masses, ne pouvaient qu’être culbutées par des démagogues sachant exciter la haine des foules.
L’idéaliste Rousseau a semé quelques concepts élémentaires qui ont eu un grand succès, tout comme ceux du Nazaréen en son temps auprès des esclaves et des prostituées du bassin méditerranéen : l’humanité existe, elle est corrompue mais peut regagner son innocence et ne doit ses malheurs qu’à une société injuste, elle-même produite par quelques puissants larrons aimant trop l’argent. Qu’on mette le peuple au pouvoir par la démocratie, et tout serait réglé.
S’il prône une réforme politique de l’humanité par la démocratie, Rousseau n’aspire sentimentalement qu’au retour à l’état tribal originel, même s’il s’en défendait explicitement. S’il était parmi nous, il aurait été de ces pouilleux occidentaux qui vont faire de l’humanitaire en Afrique, trop fatigués de vivre pour dominer leur destin.

“C’était un fou, votre Rousseau ; c’est lui qui nous a menés où nous sommes.” Napoléon Bonaparte à Stanislas de Girardin, le 28 août 1800 dans la chambre où Rousseau est mort.
Après l’échec de la réforme protestante à changer le monde par un retour supposé à la pureté yahviste, Rousseau a mis le doigt sur une fièvre chrétienne en pleine mutation, à nouveau prête à saccager l’Europe comme elle avait déjà saccagé le monde classique dix-sept siècles plus tôt. Cette fois, sans recours à la théologie. Kant, Hegel, Engels, Marx en découlent tous.
Cependant, sans Rousseau l’ère de la politique de masse aurait tardé à se manifester, tout comme le nationalisme. Ce n’est pas qu’il les ait inventées, mais quelqu’un devait les annoncer. À partir du moment où il fallait une idée nouvelle pour unir politiquement des peuples européens qui ne croyaient plus en la légitimité surnaturelle des rois, et que cette idée, pour cette même raison, devenait obligatoirement d’essence démocratique, il était vain de s’opposer à son essor comme l’ont fait les contre-révolutionnaires. D’ailleurs, la contre-révolution a absorbé le nationalisme dès le XIXe siècle, bien obligée d’admettre que la masse s’était mise à braire, à défaut de penser.
Maurras a apporté une critique à la fois majeure et bancale de Rousseau. Il a vu les impossibilités de la théorie du contrat social, d’ailleurs recyclée sous un vernis national par Renan avec sa théorie démocratique grotesque du « plébiscite de tous les jours ». Il a rappelé face au bavardage de Rousseau les réalités politiques indépassables du règne humain, n’étant en cela pas si éloigné des critiques matérialistes de gauche qui ont déplacé l’égalitarisme rousseauiste sur le champ pratique de la révolution sociale et économique. Mais Maurras ne parlait qu’à des évêques et des rombières d’une aristocratie décatie. Il ne disposait pas d’une formule capable d’arracher les masses à la démagogie démocratique. Il continuait de soupirer cyniquement après une idée morte, le christianisme, qu’il raccrochait comme un derviche au nationalisme volé à la gauche, lui-même déjà débordé par le monstre marxiste. Si les constats étaient justes, les solutions relevaient du bricolage. Il a fallu attendre le fascisme italien pour que les critiques de Maurras deviennent, sous l’inspiration des méthodes de la gauche révolutionnaire dont provenait Mussolini, une formule politique nouvelle, à la fois de gauche et de droite, élitiste et de masse. Et il a fallu Adolf Hitler pour donner sa dimension matériellement aristocratique au fascisme : le racisme.
Rousseau a également légué la subjectivité et son corollaire : le choc des volontés. Sans Rousseau, pas de mobilisation politique des masses, donc pas de volonté libre d’agir historiquement. En ouvrant l’exténuante guerre civile démocratique, Rousseau a aussi permis aux volontés de s’affronter pour la suprématie, ce qui fait tout à la fois le lit de la destruction de la démocratie par elle-même et son dépassement, puisqu’une volonté finit toujours par apparaître pour guérir un peuple épuisé de ce virus.
La lutte des idées dépend également d’un facteur crucial : le poids du pays où vit un idéologue. Un idéologue français pesait relativement plus lourd qu’un idéologue anglais au XVIIIe siècle, un idéologue allemand plus lourd qu’un idéologue français au XIXe, un idéologue américain plus lourd qu’un idéologue allemand au XXe siècle. Il y a également le terreau pour qu’un idéologue rencontre le succès pratique. En 1788, la France était mûre pour devenir la patrie des idées de rupture. Au XIXe siècle, les idées de gauche développées par les Français sont toutes systématisées et maximalisées en Allemagne où se transporte la révolution : Kant, Hegel, Engels, Marx, etc..
Dans le mouvement de déréalisation utopique qu’a enclenché Rousseau, Kant est un continuateur particulièrement radical. Kant se défait de la souveraineté populaire à laquelle adhérait Rousseau pour appeler à une unification planétaire de républiques à même de garantir la paix universelle. Cette pensée pacifiste de femme apeurée, antipolitique et moralisatrice, est la base du « droit international » contemporain qui ne s’applique hypocritement qu’aux États que les démocraties soumettent par la force.
Je reconnais toutefois à Kant la force de son intuition constructiviste par le rôle que joue la subjectivité dans la perception de la réalité.
« Jusqu’ici on a admis que toute notre connaissance devait se régler sur les objets ; mais, dans cette hypothèse, tous les efforts tentés pour établir sur eux quelque chose d’a priori, par le moyen de concepts, n’ont abouti à rien. Que l’on essaye donc une fois de voir si nous ne serions pas plus heureux en affaires de métaphysique en supposant que les objets doivent se régler sur notre connaissance. »
Critique de la raison pure, 1781.
Vous me direz que c’est contradictoire avec le réalisme qui s’oppose à l’utopisme. La réalité accessible à l’homme est perçue par chacun de manière biaisée pour diverses raisons, mais loin de déconstruire cette perception subjective comme le veulent les adeptes de l’égalitarisme pour édifier une société utopique « plus juste », je défends une forme de constructivisme subjectif, artistique, par le volontarisme racial, sans toutefois ignorer les réalités empiriques de la nature humaine ou les permanences de l’histoire, au contraire. Le volontarisme racial est l’affirmation sans restriction de la volonté de vie blanche, préalable à la libération de son potentiel créatif une fois délestée des chaînes conjuguées de la mauvaise conscience chrétienne et du moralisme démocratique. Ce réalisme volontariste est à l’image de ce que proposait Fichte aux Allemands, mais à l’échelle raciale et non plus ethnique ou nationale. C’est l’idée d’affirmation dont l’homme blanc a besoin dans ce siècle de guerre raciale, à la fois endémique et asymétrique, pour affronter victorieusement un empire de réalités qui le presse de disparaître.

Tombeau de Kant à Koenigsberg (actuelle Kaliningrad)
Tout est dialectique. Sans Rousseau, Kant et d’autres penseurs antagonistes, nous ne conceptualiserions pas la race, ni la lutte des races comme moteur historique d’où doit émerger une nouvelle aristocratie du sang, et avec elle la régénération de la culture européenne.
Si je devais faire une liste de penseurs essentiels, certes incomplète, je citerais notamment ceux qui suivent.
Thomas Hobbes : découvreur de l’état de nature, de la « guerre de tous contre tous » et de l’anthropologie pessimiste (l’homme naturellement un prédateur pour l’homme). Il éclaire la lutte permanente des États entre eux pour la survie :
« Bien qu’il n’y ait jamais eu de temps où les hommes particuliers fussent en état de guerre les uns contre les autres, cependant en tout temps les rois et les personnes ayant autorité souveraine, à cause de leur indépendance, sont dans une continuelle jalousie et dans l’état et la posture de gladiateurs, leurs armes pointées et les yeux fixés les uns sur les autres ; c’est-à-dire leurs forts, garnisons et canons aux frontières de leurs royaumes, et leurs espions continuellement chez leurs voisins : ce qui est une posture de guerre. »
Jean-Jacques Rousseau : par lui la masse prend conscience d’elle-même, inaugurant la politisation des peuples et le nationalisme.
Edmond Burke : Face aux destructions de l’utopie égalitaire commises par la révolution française, il conçoit le réalisme historique. La société est un organisme vivant, hérité des générations passées (« contrat entre les morts, les vivants et les non-nés »). On ne peut pas la reconstruire abstraitement comme le veulent les révolutionnaires, adeptes de l’utopie du progrès. Les inégalités et les rangs sociaux sont naturels et nécessaires. La société repose sur des préjugés (préjugés accumulés par la sagesse et l’expérience) plutôt que sur la “raison pure”.
Johann von Herder et Johann Fichte : Ils président à la mutation du nationalisme civique et égalitaire de Rousseau en un nationalisme déterministe et culturel ancré dans une réalité historique (Volksgeist) – le peuple comme organisme doté d’une personnalité particulière (écho burkéen + subjectivité allemande).
Arthur Schopenhauer : défait l’optimisme propre aux utopies progressistes par le constat du caractère tragique de la vie.
Charles Darwin : il découvre la sélection naturelle, la lutte pour l’existence, la survie du plus apte. Sa théorie fournit un cadre scientifique puissant pour comprendre l’histoire qui va être immédiatement transposé à la politique et à la société.
Arthur de Gobineau : remise en cause scientifique du mythe égalitaire d’une humanité unique et abstraite grâce à l’étude des réalités raciales et application du darwinisme à l’homme avec la loi de la lutte des races pour la survie.
Houston Stewart Chamberlain : contrairement à Gobineau (plus fataliste et décadentiste), Chamberlain introduit une dimension volontariste et héroïque. La race aryenne n’est pas seulement un fait biologique passif : elle doit être voulue, affirmée, purifiée et recréée par une action consciente, une discipline spirituelle et une lutte active. La race devient un mythe mobilisateur et une volonté historique.
Friedrich Nietzsche : découvre la volonté de puissance comme essence dynamique de la vie, dénonce l’égalité comme une perversion nihiliste et décadente, critique les valeurs bourgeoises et marchandes, et exalte l’affirmation hiérarchique et créatrice de la force aristocratique.
Carl Schmitt : opposé à l’illusion progressiste d’une égalité universelle conduisant à la paix mondiale et à la fin de l’histoire, il affirme que le conflit est indépassable et que l’essence du politique consiste dans la distinction ami/ennemi.
Oswald Spengler : la civilisation, phase finale de la culture, est une période de dégénérescence où l’argent (l’économie marchande) remplace le sang et l’âme.
L’État-nation occidental dégénéré, dont le caractère multiracial est l’expression, et la vénération qu’il continue de nourrir dans les cercles nationalistes, à l’image de leurs prédécesseurs monarchistes pleurant sur le cadavre du monarque abattu, reste un obstacle sur le chemin de la “grande politique” esquissée par Nietzsche. Les arguments en sa faveur sont d’ailleurs tous de facture bourgeoise, dénués d’imagination : on s’entend dire que le commerce sera plus efficace avec une monnaie “nationale” et dix autres médiocrités du même ordre.
Cet État dégénéré ira au bout de sa dégénérescence. Il a été et demeure l’outil de la bourgeoisie, il serait demain aussi bien celui l’oligarchie technicienne mâtinée de juifs que l’on a vu émerger aux États-Unis. Cette dégénérescence n’est pas accidentelle, mais logique et irréversible, comme toute forme historique. Celui qui tente de l’arrêter sera écrasé par lui, comme le suicidaire devient homicidaire avec celui qui cherche à le sauver malgré lui. C’est plutôt la forme historique à venir qui doit occuper l’homme blanc. Ce n’est pas la conservation retardatrice et désespérée de cet État à l’agonie qui doit être l’objet de la volonté, mais son dépassement actif par une autre réalité créatrice, une autre volonté.
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